lundi, 22 mars 2010
Le cimetière paysager : une nouvelle vision de l'espace cemeteral
« Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière,
J’aime son feuillage éploré,
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai. »
Sur la tombe d’Alfred de Musset, où pousse un saule.
Répondant aux préoccupations environnementales de la population et au souci des communes de mieux intégrer l’espace cemeteral dans le tissu urbain, la création de cimetières paysagers s’est largement développée, calquée sur le modèle anglo-saxon. En effet, jugé geler inutilement des terrains et donc être un facteur de perte foncière pour les communes, le cimetière traditionnel est peu à peu aménagé pour être réintégré dans l’espace urbain. Les reproches fait au cimetière traditionnel, c’est qu’il ne propose que des rangées de tombes serrées, séparées par les allées de circulation, avec très peu de plantations. A l’inverse, le cimetière-parc anglo-saxon est un équipement plus vaste, une forme de jardin à l’anglaise où les tombes sont disséminées au milieu de la végétation. En France, le parti pris est celui du cimetière paysager, c'est-à-dire l’aménagement des cimetières en espaces verts. Les cimetières paysagers se définissent alors d’après l’espace consacré aux plantations, l’aspect architectural et la superficie occupée par les tombes. Intégrés à la nature, ils privilégient l’aspect végétal à l’aspect minéral. Pour Mmes Pernet et Tabeaud « l’introduction d’éléments végétaux dans les cimetières constitue une réponse à la tendance actuelle de désocialisation de la mort et des lieux d’inhumation ». En effet, le cimetière paysager a un double objectif : s’intégrer dans un environnement existant et redonner au cimetière une fonction sociale (Voir sur ce point les travaux de Philippe Ariès ou de Louis-Vincent Thomas).
La réalisation de cimetières paysagers a été amorcée par l’architecte Robert Auzelle, qui a étudié l’aménagement et la fonctionnalité des lieux d’inhumation avec comme référence les exemples anglo-saxons et germaniques. Son premier cimetière paysager est celui de Clamart (Hauts-de-Seine), cimetière intercommunal ouvert en 1956 et site classé en 1998 au titre de valeur artistique. Mais malgré les faveurs de l’opinion publique et les efforts des collectivités pour développer le concept de cimetière paysager, les familles continuent à préférer l’inhumation traditionnelle à l’inhumation paysagère. Un des facteurs de ce constat semble être le prix des concessions paysagères. En effet, leur prix est nettement plus élevé que celui d’une concession traditionnelle. A l’aspect financier, s’ajoutent les traditions françaises qui acceptent mal le cimetière paysager. Comme le souligne Mmes Pernet et Tabeaud, elles « n’intègrent pas l’idée que l’on puisse marcher sur le champ des morts. Bien souvent, dans les pays anglo-saxons, le cimetière paysager est d’autan plus aisément réalisable que les mentalités s’accommodent d’une inhumation pure et simple, sans pierre tombale ni signe distinctif ». De plus, il est difficile pour les collectivités de trouver en milieu urbain des terrains suffisamment vastes pour l’établissement d’un cimetière paysager d’où un éloignement croissant de celui-ci de l’enceinte des villes et le recours à l’intercommunalité. Ainsi, l’éloignement de ces sites se heurte à la tradition d’usagers attachés à la proximité du cimetière. Il faut également souligner que les communes disposant de peu d’opportunités foncières préfèrent consacrer leurs terrains à d’autres équipements plus rentables, d’autant que les coûts induits par la création et la gestion d’un tel cimetière sont conséquents. Une circulaire du ministère de l'intérieur n°76-160 du 15 mars 1976 incite les maires à créer ce type de cimetière. Cependant, une réponse ministérielle n°1999 (JOAN Q 20/11/1979) indique que la création d'un cimetière paysager est possible à partir du moment où il existe déjà un cimetière traditionnel non saturé afin de permettre aux usagers d'avoir le choix.
Qu’en est-il des pouvoirs du maire à l’endroit du cimetière paysager ? Le maire, chargé de la police des cimetières et des funérailles, peut arrêter un règlement intérieur qui rappellera les lois et réglementations en vigueur relatives aux opérations funéraires et qui édictera les mesures propres à assurer le bon ordre, la décence, la sûreté et la salubrité publiques à l’intérieur du cimetière. Mais, sauf pour faire respecter les mesures susmentionnées, le maire ne peut définir les caractéristiques des monuments construits ou les soumettre à autorisation préalable. Lors de la construction des premiers cimetières paysagers, la question s’est posée de savoir si le maire pouvait imposer aux concessionnaires des limitations strictes visant à respecter l’aspect général du cimetière. Or, en ce qui concerne l’esthétique, le juge administratif refuse catégoriquement de reconnaître au maire une quelconque prérogative en la matière dans l’enceinte du cimetière (CE, 18 février 1972, Chambre syndical des entreprises artisanales du bâtiment de haute Garonne, Rec. CE, p. 153 ou CE, 11 mars 1983, Cne de Bures-sur-Yvette, Rec. CE, p. 104 ).
Le cimetière paysager apparaît être un pont entre le cimetière traditionnel et l’espace vert. En effet, l’objectif recherché par les aménageurs est de transformer le cimetière en un lieu d’échanges, de culture, d’histoire, à l’image du plus célèbre d’entre eux : le Père-Lachaise.
Bibliographie :
AUZELLE R. Dernières demeures, Paris, 1965
MELIN M., « L’esthétique funéraire et ses limites : les pouvoirs du maire en ce domaine », Gazette du Palais, 13 décembre 1973, p. 761
PERCHEY M., "Le cimetière paysager", Réson@nces, N°42, Juillet 2008
PERNET J. et TABEAUD M., « Les cimetières paysagers » in TABEAUD M. (Dir.), La mort en Ile de France, Publication de la Sorbonne, 2001
08:00 Publié dans Domaine public funéraire | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cimetière, mort, sépulture
mercredi, 17 mars 2010
Le TGV exhume des sépultures du néolithique
Dans le cadre de la réalisation de la deuxième phase de la LGV Est, entre Baudrecourt et Vendenheim, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a mené une première campagne de fouilles, l'an dernier. Ces recherches l'ont, entre autres, conduit à explorer une parcelle de quatre hectares à Gougenheim, dans le Kochersberg. Les travaux ont été menés d'août à décembre dernier par une dizaine d'archéologues. Le fruit de leur labeur : la mise au jour de quarante-quatre squelettes de femmes, d'hommes et d'enfants, datant pour la plupart du Néolithique récent, c'est-à-dire de 4 000 ans avant notre ère. Les ossements vont désormais faire l'objet d'études.
11:42 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, archéologie, sépulture, sncf
mercredi, 03 février 2010
Vanités au Musée Maillol du 3 février au 28 juin
Une étonnante exposition de memento mori "pense-bêtes de la condition humaine" selon l'expression de Patrizia Nitti, directeur artistique du musée Maillol, attend les né(cr)ophytes au Musée Maillol. Retraversant toute l'histoire des vanités, "des artisans de mosaïques de Pompéi aux danses macabres médiévales, des peintres surréalistes du XXe siècle aux artistes du néo-Pop Art ou aux agents provocateurs de l’expression artistique la plus récente, chaque génération s’attache à cristalliser la vanité d’une civilisation, pour se «ré-approprier» sa mort et retrouver ainsi le cycle de la vie."
L’exposition complète ce parcours en montrant d'étonnants bijoux et objets reprenant la symbolique du crane telles que les bagues des Hell's Angels.
12:01 Publié dans La mort dans l'art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, art, vanités, musée maillol
mardi, 12 janvier 2010
A voir : Departures
Date de sortie cinéma : 3 juin 2009
Film déjà disponible en DVD depuis le : 12 janvier 2010
Réalisé par Yojiro Takita
Avec Masahiro Motoki, Tsutomu Yamazaki, Ryoko Hirosue
Titre original : Okuribito
Long-métrage japonais. Genre Drame , Musical
Durée 2h11 min
Année de production 2008
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Synopsis : Dans une province rurale du nord du Japon, à Yamagata, où Daigo Kobayashi retourne avec son épouse, après l'éclatement de l'orchestre dans lequel il jouait depuis des années à Tokyo. Daigo répond à une annonce pour un emploi "d'aide aux départs", imaginant avoir affaire à une agence de voyages. L'ancien violoncelliste s'aperçoit qu'il s'agit en réalité d'une entreprise de pompes funèbres, mais accepte l'emploi par nécessité financière. Plongé dans ce monde peu connu, il va découvrir les rites funéraires, tout en cachant à sa femme sa nouvelle activité, en grande partie taboue au Japon.
12:23 Publié dans La mort dans l'art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, departures, mort, art, pompes funèbres
jeudi, 17 décembre 2009
Le Dictionnaire illustré de symbolique funéraire
Un ouvrage de référence qui de A à Z - 500 entrées - constitue une visite accompagnée dans les cimetières du monde - 600 photographies. Les images d'architecture et de sculpture y sont le reflet d'une sensibilité funéraire en cours de mutation et participent de la conservation du patrimoine. Les entrés y décodent les symboles tant religieux - en lente voie de disparition - que profanes, qui peu a peu les remplacent. Les trois grandes religions monothéistes sont évoquées, en même temps que les spiritualités asiatiques et la Libre Pensée.
Cette édition participe ainsi à la conservation du patrimoine funéraire mondial.
Pour le feuilleter et le commander : http://lamemoirenecropolitaine.fr/
15:20 Publié dans Le coin du bouquiniste | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : livre, funéraire, photographie, art funéraire


