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lundi, 26 février 2007

La mort #2 : un phénomène social

medium_11L1200Q.JPGLa mort biologique cède sa place à la mort sociale. La disparition d’un membre de la communauté entraîne l’accomplissement de rites qui ont pour but d’accompagner les proches dans leur travail de deuil. Comme l’explique Louis-Vincent Thomas, « les rites funéraires, censés guider le défunt dans son destin post-mortem, visent avant tout à transcender l’angoisse de la mort chez les survivants » . Le corps mort, après un dernier hommage, doit impérativement être séparé des vivants pour des raisons d’hygiène et de décence principalement, justifiant l’inhumation, la crémation ou d’autres modes de sépulture. Ces opérations matérielles sont basées sur des symboles qui confèrent du sens et rend l’absence supportable. L’auteur explique que « malgré leur disparité dans le temps et dans l’espace les conduites funéraires obéissent à des constantes universelles ». Le rituel, bien qu’il ait pour point d’appui le mort, s’adresse aux vivants. « Sa fonction fondamentale, inavouée peut-être, est de guérir et de prévenir, fonction qui revêt d’ailleurs de multiples visages : déculpabiliser, rassurer, réconforter, revitaliser ». Ainsi, « les attitudes d’hommage et de sollicitude dont le défunt est l’objet recouvrent des conduites d’évitement qui manifestent la peur de la mort et le souci de s’en protéger ». Pour l’auteur, les vivants se protégent de l’agressivité du mort. Lorsque la communauté se rassemble pour accomplir des actes de solidarité, pour partager le repas funéraire, elle veut montrer « la revanche de la vie sur la mort ». De même, laver le défunt ne répond pas seulement aux exigences de l’hygiène et de la décence, cet acte « purifie le mort » qui passe dans un autre monde. Louis-Vincent Thomas montre que dans de nombreuses cultures le cadavre est associé à l’impureté, à la contagion. La toilette rituelle devient alors protection contre cette dernière, mais elle est aussi une façon d’atténuer le traumatisme de la perte pour les survivants.

medium_11L1300N.JPGL’essentiel des rites funéraires manifeste le respect et l’attachement portés au défunt : « du bon déroulement des rites funéraires […] dépend le devenir du mort et celui de la communauté des vivants ». L’auteur montre que le rite déculpabilise, « la sollicitude témoignée au mort [induit] l’apaisement ». Le deuil est une étape importante de l’après mort : « être en deuil » est le statut de celui qui vient de perdre un être cher, « faire son deuil » ou « travail de deuil » pour les psychanalystes, désigne l’ensemble des états affectifs que vit l’endeuillé et enfin « porter le deuil » signifie que la personne signale son état par des marques extérieures socialement imposées et reconnues dont la durée dépend des sociétés. Le deuil a alors une double dimension : une dimension sociale et psychologique. Le deuil social a pour fonction de codifier l’expression du chagrin. Il est public, afin de désigner l’endeuillé, de l’aider et d’accompagner le défunt « vers son destin post-mortem ». Le deuil psychologique désigne le vécu pénible et douloureux : la perte de l’être cher qui crée comme « une mutilation de soi » ou même la perte de l’être haï qui crée une lourde culpabilité. Ce deuil est également soumis aux exigences de la durée, le sujet va passer par plusieurs étapes, de l’état de choc à la dénégation, de la colère à la dépression, de l’intériorisation à la réadaptation, marquant la fin du deuil. Les rites funéraires occidentaux ont cependant subit « l’assaut de la modernité » alors que des innovations tentent de pallier leur déliquescence progressive. Les attitudes face à la mort ont changé, les sociétés industrialisées étant passées d’une « mort apprivoisée » à une « mort interdite ».

Sources :
THOMAS L.-V., La mort, PUF, Coll. Que-sais-je ?, n° 236, 2003, 5e édition
ARIES Ph., Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours, Ed. du Seuil, 1975

Images : http://lachaise.gargl.net/photos/photos.htm

Commentaires

Quelle heureuse surprise ! Un nouveau blog à la faculté de Tours. Je te souhaite avant tout la bienvenue dans le monde des juridico-blocs-notes aka la "blogosphère juridique"; et plein de courage pour continuer à fournir un blog aussi souvent actualisé.
A bientôt
NF

Ecrit par : Nicolas FORTAT | lundi, 26 février 2007

Oh mais je ne pourrais rivaliser avec toi ! Mais tu as bien raison : militons pour un développement de la blogosphère juridique tourangelle !

Ecrit par : Marion Perchey | lundi, 26 février 2007

Point n'est question de rivalité, bien au contraire ! Jouons les cartes de la complémentarité et de la diversité, qui semblent bien plus intéressantes et constructives...
L'adresse de ton blog est rajoutée dans mes liens.
A bientôt :)
NF

Ecrit par : Nicolas FORTAT | lundi, 26 février 2007

A bientôt ;) !

Ecrit par : Marion Perchey | lundi, 26 février 2007

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