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samedi, 26 avril 2008
Le cimetière des Poilus remis au carré
En attendant les cérémonies commémoratives des 90 ans de la Grande guerre, un chantier d'insertion redonne de la dignité à 1 500 poilus oubliés. Dans une discipline toute martiale, ils ne veulent voir qu'une tête. C'est désormais au rayon laser que les centaines de croix blanches sont alignées sur les tombes de la Bouteillerie, à Nantes, par un chantier d'insertion hors normes. Dans ce cimetière des portes de la ville, au XVIIIe siècle, ils sont 1 500 pauvres héros oubliés, mâchés frais par la Grande Guerre et reposant dans les carrés militaires.
À l'ombre des chapelles de famille, rien n'oppose plus ces Allemands, Anglais, Français et autres chairs à canon supplétives des colonies, inhumés là après un ultime détour par l'hôpital : une croix pour les chrétiens, une dalle pour les musulmans, un trou pour chacun. Mais depuis, l'histoire a tourné cette page ensanglantée. Les tombes ont profité de l'instabilité du sol pour faire de la résistance à la verticalité militaire, et les rosiers ont pris le maquis, dans une improbable fantaisie mortuaire. Une mutinerie ne convenant guère au souvenir que l'on doit réveiller, à l'occasion des cérémonies marquant en novembre les quatre-vingt-dix ans de la fin de la guerre, en 1918.
Reconstruction
C'est ainsi qu'il a été entrepris de refaire une jeunesse posthume à ce cimetière dans le cimetière, dans une option plus gazonnée et paysagère, bien dans l'air du temps. Les poilus, eux, ignoraient encore tout du développement durable. Le plus remarquable sans doute, c'est que l'on a confié ce chantier tiré au cordeau à une dizaine de personnes travaillant pour un chantier d'insertion Atao, elles aussi en reconstruction. « L'endroit conduit à s'interroger sur le sens de la vie. Nous ne sommes que dans l'humain ici, et nous avons quelque chose à faire, aujourd'hui, pour nous accrocher à la réalité et aux contraintes d'un vrai travail ». Romuald Quirion, l'encadrant à la fois chef de chantier et éducateur attentif, n'a pourtant pas le loisir de trop philosopher. « Il a fallu enlever les 1 500 croix, sans toucher aux sépultures, et nous avons jusqu'à fin juillet pour tout remettre en place. Un bon tiers a déjà été fait, mais c'est une véritable recréation de ce lieu. »
Chaque stèle est soigneusement répertoriée et remise à neuf. Une expérience vécue par les personnes en insertion comme un pied à l'étrier vers le secteur du bâtiment. « Toutes les techniques de base de la construction sont ainsi acquises pour qu'à l'issue du contrat, de deux ans maximum, chacun puisse aller ailleurs. Mais se reconstruire exige un peu de temps. Sans le temps, on ne peut rien faire. » Alors, les vivants qui renaissent ont bien du respect pour leurs frères de misère, six pieds plus bas.
Camille GUILLEMOIS. Ouest-France
Source : http://www.nantes.maville.com/Le-cimetiere-des-Poilus-rem...
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