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vendredi, 11 janvier 2008

La mort d'Émile Verhaeren

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En sa robe, couleur de fiel et de poison,
Le cadavre de ma raison
Traîne sur la Tamise.
Des ponts de bronze, où les wagons
Entrechoquent d'interminables bruits de gonds
Et des voiles de bateaux sombres
Laissent sur elle, choir leurs ombres,
Sans qu'une aiguille, à son cadran, ne bouge,
Un grand beffroi masqué de rouge
La regarde, comme quelqu'un
Immensément de triste et de défunt.
Elle est morte de trop savoir,
De trop vouloir sculpter la cause,
Dans le socle de granit noir,
De chaque être et de chaque chose,
Elle est morte, atrocement,
D'un savant empoisonnement,
Elle est morte aussi d'un délire
Vers un absurde et rouge empire
Ses nerfs ont éclaté,
Tel soir illuminé de fête,
Qu'elle sentait déjà le triomphe flotter
Comme des aigles, sur sa tête.
Elle est morte n'en pouvant plus,
L'ardeur et les vouloirs moulus,
Et c'est elle qui s'est tuée,
Infiniment exténuée.
Au long des funèbres murailles,
Au long des usines de fer
Dont les marteaux tannent l'éclair,
Elle se traîne aux funérailles.
Ce sont des quais et des casernes,
Des quais toujours et leurs lanternes,
Immobiles et lentes filandières
Des ors obscurs de leurs lumières
Ce sont des tristesses de pierres,
Maison de briques, donjon en noir
Dont les vitres, mornes paupières,
S'ouvrent dans le brouillard du soir ;
Ce sont de grands chantiers d'affolement,
Pleins de barques démantelées
Et de vergues écartelées
Sur un ciel de crucifiement.
En sa robe de joyaux morts, que solennise
L'heure de pourpre à l'horizon,
Le cadavre de ma raison
Traîne sur la Tamise.
Elle s'en va vers les hasards
Au fond de l'ombre et des brouillards,
Au long bruit sourd des tocsins lourds,
Cassant leur aile, au coin des tours.
Derrière elle, laissant inassouvie
La ville immense de la vie;
Elle s'en va vers l'inconnu noir
Dormir en des tombeaux de soir.
Là-bas où les vagues lentes et fortes,
Ouvrant leurs trous illimités,
Engloutissent à toute éternité
Les mortes.

Émile Verhaeren

jeudi, 10 janvier 2008

La législation sur les cendres fait un pas

07b8f7db3f8929662ea09225a803e3e1.jpgUn nouveau décret vient d'être publié au JO sur la législation des cendres. Le décret n°2007-328 du 12 mars 2007 relatif à la protection des cendres funéraires vient en effet renforcer la protection des dernières volontés du défunt en imposant au dépositaire de l'urne de les respecter. Demeure toutefois le problème de la preuve de celles-ci.

Citation #62

"C'est avec les morts qu'on fait les vivants ! Ce sont des morts qui ont formé notre corps et notre âme ! Nous sommes toujours les descendants de quelqu'un..."

Charlotte Savary, Et la lumière fut

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